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Senadji

Art

CULTES

La série Cultes, composée de quatre huiles sur toile, s’inscrit dans une réflexion sur les formes contemporaines de la dévotion. Le terme « culte » est ici entendu dans sa double acception : il rend tout autant hommage aux iconographies célèbres qu’aux rites qui lui sont associés. Son emploi au pluriel permet d’en préserver l’ambiguïté, d’éviter toute lecture dogmatique et de mettre en lumière la multiplicité des formes de dévouement.

L’ensemble de la production interroge la capacité dont les oeuvres continuent de créer du sens, même détachées de leur contexte religieux initial. Cultes propose un espace intermédiaire, où le sacré n’est ni affirmé ni rejeté. Les toiles ne renvoient pas à un récit précis, mais à un environnement sacré, à un imaginaire reconnaissable dont le sens et leurs significations ne cessent de se déplacer. 

Malum, 2026, 30 x 30 cm, huile sur toile

Une des interprétations du fruit défendu évoqué dans le récit biblique du jardin d’Éden désigne la pomme comme une métaphore du péché. Néanmoins, le texte ne précise jamais sa nature. La proximité linguistique entre la pomme, du latin « malum » et le mal, provoque un glissement qui favorise l’association entre le fruit et la faute. La toile propose de changer de regard et d’opposer la figue au raisin, en référence à la nudité d’Adam et Eve, recouverts tantôt par des feuilles de figuier, tantôt par la vigne. Une métaphore tout autant lubrique que pudique, qui part de l’innocence vers la conscience. Ici, la connaissance s’accompagne d’une perte et pour en renforcer le lien, ces deux éléments sont couronnés par une branche de myrte, associée à l’union.
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La collection

Rosarium, 2026, 30 x 30 cm, huile sur toile

Les coquillages apparaissent comme les vestiges d’un usage symbolique et cultuel. Présents dans le mobilier religieux, à l’instar des bénitiers, ils occupent également une place prépondérante au sein des œuvres d’art. Ces considérations semblent chercher à transformer des éléments naturels en signes divins. Les conques, coquilles Saint-Jacques ou nautiles incarnent des supports transformés en emblèmes. Dans l’usage, les perles sont un rappel : montées par l’Homme, elles permettent de compter les prières à la manière d’un chapelet ou d’un tasbih. « Rosarium », signifiant « guirlande de roses », aurait été utilisé à l’époque médiévale pour désigner un chapelet. La nacre, reliant le coquillage à l’objet de dévotion, permet de convoquer dans l’élément naturel un pouvoir sacré.
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Dianthus, 2026, 46 x 33 cm, huile sur toile

Le choix du titre Dianthus renvoie à l’étymologie de l’ « œillet », signifiant « fleur de Dieu ». La figure féminine souligne la relation entre le végétal et certaines conceptions du sacré. Dans ses cheveux, les trois œillets sont une référence biblique, conformément aux traditions iconographiques de la nature morte. Ces fleurs évoquent également le sacrifice et la pureté, associées aux larmes de la Vierge. Elles symbolisent la douleur maternelle et le dévouement ; ici remis en question par la dignité de celle qui les orne. Cette figure, au regard reptilien, est accompagnée par un serpent enroulé à la manière de celui qui se tient près du fruit défendu. Il incarne la porosité entre la tentation et la connaissance, fonctionnant comme une métaphore de la transgression. Il introduit une fonction apotropaïque en conjurant le mal tout en le provoquant.
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Ex Cathedra, 2026, 46 x 33 cm, huile sur toile

Ex cathedra signifie « du haut de la chaire [à prêcher] » : depuis le siège d’autorité doctrinale. Il s’agit d’une parole qui émane du pouvoir dogmatique. Dans la tradition catholique, il est question d’énoncer une parole officielle, incontestable, investie d’une autorité suprême. Au travers de la toile, la proximité des termes « chaire » et « chair » approfondit cette lecture. Là où la tradition religieuse valorise la parole prononcée depuis la chaire, l’œuvre valorise la chair, la matière vivante. En effet, la chaire est un espace d’autorité masculine. La figure féminine, longtemps reléguée au rôle d’icône silencieuse, de mère ou de martyre, n’a pas accès à la parole doctrinale. Ainsi, l’œuvre propose une redéfinition contemporaine du sacré. Elle suggère que l’autorité spirituelle peut se déplacer de la parole vers la présence, de la chaire vers la chair.

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